Une marée à bord du chalutier Petit Simon

A bord du chalutier Petit Simon

Mauri Hélou est armateur du navire Petit Simon. C’est un chalutier de 16,80 m immatriculé à Arcachon. Mauri patronne le Petit Simon, en alternance avec son autre bateau le Sans Spe II, chalutier de 14,30 m.

Le Petit Simon pratique principalement le chalut classique, qui pêche sur le fond. Il peut également travailler au chalut pélagique, qui pêche plus haut dans la colonne d’eau.

Le Petit Simon part en mer trois jours d’affilée : on dit qu’il fait des marées de trois jours. Il part le lundi matin et rentre le jeudi entre 4h et 5h pour vendre sa pêche à la criée. Il repart ensuite le jeudi et rentre le dimanche. La pêche du Petit Simon est donc vendue à la criée le lundi et le jeudi.

Chaque année, le Petit Simon pêche environ 200 jours. Le reste de l’année, il est à quai pour cause de mauvais temps, ou pour les réparations et l’entretien du navire. L’équipage profite des jours de mauvais temps pour préparer le matériel de pêche. Lorsque la météo est clémente, le Petit Simon sort en mer 24 jours par mois.

Une marée sur le Petit Simon

Lundi, 6h : On se prépare à lever l’ancre…

Nous sommes lundi matin, et le Petit Simon se prépare à quitter le port d’Arcachon. Deux cent cinquante bacs de criée propres sont mis en cale. Le bateau fait le plein de glace à la tour à glace, et le plein de gasoil pour la marée. Il faut une tonne de glace pour chaque marée, et trois tonnes de gasoil. A bord, on emmène deux jeux de chaluts, pour pouvoir remplacer un chalut perdu ou trop abîmé en cours de marée. Avant de partir, l’équipage charge également les vivres pour la semaine.

6h30 : Route pêche !

Sondeur et radar à bord du Petit Simon - Crédits: M. Helou

Le Petit Simon quitte le port à marée haute. Il lui faut environ une heure et demie pour arriver sur ses premiers lieux de pêche : une heure pour atteindre les passes et quitter le Bassin d’Arcachon, puis une demi-heure de route à l’océan. L’équipage n’a pas perdu de temps : durant le trajet, les chaluts sont préparés, et les éventuelles réparations du matériel de pêche ont été faites.

C’est le patron qui gère la stratégie de pêche : en fonction de la saison, de la météo, des espèces ciblées mais aussi du marché, il décide des lieux et des engins de pêche. Au cours d’une marée, il peut arriver de cumuler jusqu’à 8h de route pour atteindre les différents lieux de pêche !

8h : Première opération de chalutage

Vers 8h, le Petit Simon est sur zone. Le patron décide qu’il est temps de mettre le chalut en pêche. La manœuvre dure une demi-heure : à 8h30, le chalut est en pêche au fond. Le Petit Simon pêche ainsi durant 3h30, à une vitesse de 3 nœuds, soit 5,5 km/h.

Chalut Marport Petit SimonL’opération de pêche requiert une connaissance fine des fonds, des courants et du comportement des espèces ciblées, et une grande dextérité. Les chaluts du Petit Simon sont munis d’hydrophones reliés à des capteurs, qui permettent au patron de visualiser précisément le comportement du chalut, et de régler l’écartement des panneaux et l’ouverture du chalut. Il évite toujours de racler profondément le fond avec le chalut, car cela l’use prématurément et induit une surconsommation de gasoil. Le Petit Simon travaille sur des fonds meubles (cailloux, fonds sablo-vaseux, …), qui sont relativement résilients et se rétablissent donc rapidement après son passage.

Il n’y a pas un mais des chaluts ! Le Petit Simon utilise huit types de chaluts différents dans l’année, en fonction des saisons et donc des espèces ciblées. L’hiver, lorsqu’il recherche les céphalopodes (encornets, seiches, calmars), les chaluts à quatre faces sont privilégiés, car ils ont une ouverture plus grande, adaptées à ces espèces. L’été, ce sont les poissons plats qui sont ciblés (sole, céteau, …) : les chaluts n’ont que deux faces. En fonction des espèces ciblées, les maillages du chalut sont différents. Enfin, le patron choisit encore différents types de matériaux, de montages, etc… en fonction de la météo, des lieux de pêche, de la puissance motrice du bateau…

Les chaluts utilisés par Mauri sont munis de dispositifs sélectifs permettant aux poissons juvéniles de s’échapper du filet. Il s’agit de mailles carrées larges sur le dos du chalut, qui restent bien ouvertes lorsqu’il est en pêche. Sur le ventre du chalut, des grilles spécifiques permettent de ne pas garder les cailloux qui entrent dans le chalut.

Un chalut coûte environ 5 000 €, auxquels il faut rajouter le coût des bourrelets, des panneaux, et des autres apparaux de pêche : le patron prend donc garde à ne pas l’user plus que nécessaire, et à ne pas le laisser au fond !

Au bout de 3h30 de traine environ, il est temps de remonter le chalut : c’est le virage. Une fois le chalut remonté à bord, le poisson est déversé sur le pont. Si le patron estime que la pêche est correcte, le chalut est remis en pêche immédiatement après, pour à nouveau 3h30 de traine. Les traits de chalut peuvent être plus courts, si la pêche est bonne et que le chalut se remplit particulièrement vite !

Midi : Virage du chalut et traitement du poisson

Vers midi, le poisson est ramené à bord. L’équipage se charge alors de vider, laver, puis de trier et mettre en caisse les prises par espèce et par calibre de taille. Le poisson est ensuite recouvert d’un film protecteur pour préserver sa fraîcheur, et les caisses sont rangées au fur et à mesure dans la cale réfrigérée par le bosco. Une fois que le poisson a descendu en température, chaque caisse est glacée, c’est-à-dire qu’une pelletée de paillettes de glace est déposée sur le dessus de la caisse pour maintenir le produit au froid.

Il faut compter 1h30 entre le virage du chalut, et la fin de la mise en cale. Le trait de chalut suivant est donc en cours, et il reste 2h30 à l’équipage pour se reposer.

16h, 20h, minuit, 4h, 8h, … : virage du chalut et traitement du poisson

Ce rythme de travail se répète durant toute la marée : toutes les quatre heures, il faut virer le chalut et mettre le poisson en cale.

Mercredi, 15h : Prévision des apports

La veille du retour au port, Mauri appelle la criée d’Arcachon pour donner une estimation de ses débarquements par espèce : c’est la prévision des apports. Cela permet au personnel de la criée d’organiser correctement la vente : une vente à 5 tonnes et une vente à 15 tonnes, ça n’est pas le même travail ! La prévision des apports permet également aux acheteurs (mareyeurs et poissonniers) de s’organiser avec leurs clients pour optimiser la vente du lendemain matin.

Jeudi, 3h : Débarque au port d’Arcachon

Le Petit Simon est de retour après 3 jours de mer. Il a dans sa cale 2 tonnes de produits : 500 kg de céteaux, 400 kg de calmars, 200 kg de soles, 200 kg de seiches, 100 kg de bars, 100 kg de maigres, 100 kg de sars et du « divers » composé de plusieurs espèces de poissons vivant près du fond.

Les caisses sont débarquées sur le quai, prises en charge par le personnel de la criée qui calibre les soles à la calibreuse, et met tout le poisson dans de grands frigos avant la vente.

Jeudi, 5h : On repart pour une nouvelle marée

Ne restant à terre que le temps de débarquer le poisson, récupérer des caisses propres, et refaire le plein de gasoil et de glace, le Petit Simon repart pour une nouvelle marée au large de nos côtes.

La vie à bord

L’équipage du Petit Simon est stable depuis de nombreuses années. Il compte trois ou quatre personnes, selon les marées :

  • Le poste de patron est occupé par Mauri, ou par Arnaud qui travaille avec Mauri depuis 1999 ;
  • Le mécanicien, Laurent, est embarqué depuis 2004 sur les bateaux de Mauri ;
  • Les postes de bosco et de matelot sont occupés par Gontran et Nicolas, qui font aussi partie de l’équipage depuis plusieurs années.

Chacun a environ une semaine de congés par mois. Cela peut sembler beaucoup, mais il ne faut pas oublier qu’à bord, le travail c’est presque 24h/24h !

La vie à bord s’organise dans plusieurs espaces :

  • La passerelle : c’est le poste du patron, depuis lequel il commande le navire, surveille et dirige les opérations de pêche, surveille la route, … (photo du poste de commande)
  • La cuisine : on y cuisine et on y mange comme à terre.
  • Le poste équipage : c’est « la chambre » de l’équipage. Il comporte 6 « banettes », qui sont des couchettes spécifiques aux bateaux, dont les bords sont hauts pour éviter de tomber du lit lorsque le bateau bouge fortement !

On l’a vu : la vie à bord est rythmée par la durée des traits de chalut. Si bien que les heures de repos le sont aussi, et que la nuit des marins est fractionnée. Ils se relayent : pour Mauri, la nuit, c’est de 14h à 15h45, de 01h30 à 03h45, et de 05h30 à 07h45 !

En mer… on n’est pas « incognito » !

Les bateaux disposent d’appareils pour communiquer entre eux, mais aussi avec les différents services à terre. Le Petit Simon ne disparaît pas des écrans lorsqu’il quitte le port : il est surveillé, suivi, et ses données de pêche sont déclarées et enregistrées.

La VHF (Very High Frequency) permet de communiquer par radio avec les autres bateaux et les différents services de contrôle et de sécurité (CROSS, …). La communication en mer avec les autres bateaux de pêche permet de ne pas se gêner pendant les opérations : chacun sait où est le matériel de l’autre, de manière à l’éviter pour ne pas l’endommager.

La VMS (Vessel Monitoring System) est une balise installée sur le bateau, et qui transmet en permanence la position du navire au CROSS. Ces informations permettent de savoir où se trouve le bateau, s’il est en pêche ou non, … Elles servent à l’estimation de l’effort de pêche, à la surveillance des navires (si le navire est dans une zone autorisée ou non), … La VMS est obligatoire pour tous les bateaux de plus de 12 mètres depuis 2012 (elle était déjà obligatoire pour les plus de 15 mètres auparavant).

Les bateaux doivent déclarer leurs captures quotidiennement : c’est une obligation réglementaire, qui permet de suivre les captures effectuées, donc l’effort de pêche, mais également la consommation des quotas pour les espèces concernées. Tous les soirs à 23h, Mauri remplit le logbook électronique : c’est un journal de bord électronique, où il entre les captures des dernières 24h, par espèce et par zone de pêche. Il doit aussi signaler d’autres évènements via le logbook électronique, comme son départ du port, la fin de ses opérations de pêche, ou encore son retour au port. Ces informations sont communiquées en temps réel aux services de contrôle.